Le poème des poèmes / Le livre des lamentations

 

Du 18 au 24 mai 2021

Théâtre de l'Oriental, Rue d'Italie 22, 1800 Vevey

 

Adaptation, dramaturgie et direction artistique

Daniel Joseph Formigoni

Anthony-David Gerber

Texte et chant

Christine Laville

Anthony-David Gerber

Musique

Luca Manco, guitares, électronique

Rémi Auclair, contrebasse, électronique

Cyril Régamey, batterie, percussions

Scénographie et construction

Daniel Joseph Formigoni

Son

Livio Melileo

Lumière et régie générale

Damien Sautier

Design

Peter Scholl

 

 

 

Poème des poèmes

Unique entre tous les livres bibliques, le Poème des poèmes - Shir ha-shirîm - s’affirme en même temps comme le plus complet, le plus universel, et peut-être le plus parfait. Un des livres les plus courts de la Bible, et l’un des plus nécessaires. Le monde n’avait ni valeur ni sens avant que le Poème des poèmes fût donné à Israël. (1)

En lui, nous lisons le poème sacré par excellence, celui qui célèbre l’amour absolu, dans des perspectives et sur des rythmes qui font écho à la sublimité du chant des univers.

Poème par excellence : tel est le titre que se donne lui-même le premier des Hamesh Meguilot (les Cinq Volumes), et qui a été intitulé en français «Cantique des cantiques», par simple transcription du latin. Il est rapporté à Shelomo (Salomon), le sage entre les sages, sans qu’on puisse dire si le roi en est l’auteur ou le destinataire. Une lecture attentive des cent dix-sept versets qui le composent révèle deux plans de signification : un plan humain, où l’auteur met en scène un homme et une femme unis par l’amour, et un plan cosmique relatif à la Création. C’est dans l’universalité du réel que naît l’amour. Ici la poésie marie l’humain au cosmos; elle voit le réel sous la forme d’un homme, et dans cet homme la totalité de l’univers. L’unité de l’oeuvre, comme celle d’une symphonie et des thèmes qui la composent s’y affirment tour à tour. Le premier verset est celui de la genèse de l’amour, le deuxième, comme une certitude: l’amour est présent; l’amante est sûre que son amant la «baisera des baisers de sa bouche». (2)

 

Des baisers, Ô des baisers de sa bouche.

Oui tes étreintes sont meilleures que le vin.

Tes parfums sont suaves comme odeurs,

quand je prononce ton nom, un parfum se répand.

Voilà pourquoi les jeunes filles t’aiment.                 

 

La partie centrale du poème est la plus importante; c’est elle qui donne toute sa signification à l’oeuvre : le thème de l’exil, de la solitude et de la souffrance.

 

Sur ma couche nocturne, j’ai cherché celui

qu’aime mon être. Je l’ai cherché, mais ne

l’ai pas trouvé.

Je me lèverai donc, je parcourrai la ville,

les marchés, les places, pour chercher celui

dont mon âme est éprise; je l’ai cherché

et ne l’ai pas trouvé.

Les gardes qui tournaient dans la ville

m’ont trouvée: «Avez-vous vu celui dont

mon âme est éprise?»

 

Le troisième thème expose enfin la joie des retrouvailles : l’exil a pris fin, la souffrance est rachetée. Les amants se réunissent dans la sensualité des noces éternelles. Les trois motifs fondamentaux qui forment la trame du poème se retrouvent en profondeur dans la Bible tout entière, traversée, elle aussi, par le triple thème de la création, de la chute - ou de l’exil - et de la rédemption.

 

Que tes pieds sont beaux, fille de prince.

Le contour de tes hanches telles des joyaux,

est œuvre de mains d’artistes.

Ton nombril, cratère lunaire, plein d’un breuvage

parfumé. Une brassée de blé entouré de lys.

Tes deux seins seraient deux faons jumeaux

d’une gazelle.

 

Cinq poèmes pleurant la ruine de Jérusalem, détaillant les malheurs qui l’ont assaillie, chantant l’espoir du retour, du pardon, de la reconstruction de la ville ravagée. Le châtiment est venu : la ville paie ses infidélités, mais ses douleurs ont valeur expiatoire et rédemptrice. Qu’elle se repente, et Adonaï écartera d’elle sa fureur. Au coeur du poème se situe le problème du sens de tant de souffrances, l’interrogation de l’Homme face à l’imprévisible, à l’incompréhensible acharnement contre son peuple, contre son héritage.

 

Elle pleure, elle pleure dans la nuit;

ses larmes sur la joue, elle est sans

consolateur parmi tous ses amants.

Tous ses compagnons l’ont trahie,

devenus pour elle des ennemis.

 

Les lettres de l’alphabet déferlent par vagues incantatoires, comme pour rendre invincible la prière de Jérusalem vaincue mais non désespérée. Un livre qui est lu le jour anniversaire des deux destructions de Jérusalem. Quoi ? C’est le cri du citoyen, écrasé par le désastre qui a frappé la Ville Sainte.

 

Non pas à vous, tous les passants de la

route ! Regardez et voyez s’il est une

douleur semblable à ma douleur, ce qu’il a

provoqué contre moi, ce dont il m’a

affligée, au jour de la brûlure de sa fureur.

 

(1) Rabbi Aquiba (2) André Chouraqui

 

Pourquoi ?

Dans Eikha, ce qui interpelle et que nous souhaitons mettre en avant, se trouve dans l’écriture et la personnalisation de Ieroushalaim. C’est cela qui  rend le texte extrêmement universel et élargit naturellement le champ des possibles au niveau de sa lecture.

Nous avons choisi trois des cinq poèmes, ceux qui sont les plus mystérieux, ambigus quant à la compréhension, offrants des libertés de

création poétique, artistique et scénique et faisant indirectement un pont avec le Poème des poèmes.

En effet, si celui-ci peut être interprété comme un échange entre deux amants, il peut aussi être entendu comme une ode à la Création et au

Créateur. Dans les trois poèmes choisis dans le livre des Lamentations, cette ambivalence entre l’Homme et la Ville peut être perçue comme une analogie entre le fidèle et son créateur.

Ainsi, notre démarche, consiste à mettre en exergue tant la suavité que la violence émanant de ces deux livres.

 

Remerciements

Théâtre-Ensemble Chantier Interdit remercie de leur soutien

La Loterie Romande

La Ville de Vevey

Le Fonds Culturel Riviera

Migros-Vaud

La Fondation Bürki

Fondation du Casino Barrière de Montreux

Le Centre Patronal

La Société de Bible

Oriental-Vevey

Fabien Degoumois

Nicolas Gerber